Le prix de l'uranium a grimpé

Le prix de l'uranium naturel a grimpé de 80,1 % depuis le début de 2006.
L'inondation de la mine en construction de Cigar Lake, dans l'Etat canadien du Saskatchewan, le 23 octobre a mis en évidence l'extrême fragilité et le caractère exigu du tissu productif du combustible de l'énergie nucléaire. Le marché du gâteau jaune - ainsi se présente-t-il dans sa forme première -, continue de se tendre après la fermeture de ce site. Appartenant pour moitié à Cameco, qui en est également l'opérateur, et à 37 % à Areva Resources Canada (anciennement Cogema Resources Inc.), filiale minière locale du groupe Areva, Cigar Lake est le gisement non exploité d'oxyde d'uranium le plus riche au monde avec des réserves prouvées et probables supérieures à 232 millions de livres.
Dans un communiqué de la fin novembre, Cameco a annoncé qu'aucune information détaillée sur les coûts et le calendrier de la remise en fonction des activités inondées ne serait donnée avant février 2007. Prévu pour le début 2008, le début de l'exploitation de la mine va certainement être retardé. JP Morgan estime que la perte de production en 2008 pourrait s'élever à 2.700 tonnes, volume correspondant à environ 5,7 % de l'offre globale. La mine, dont la durée de vie est comprise entre deux et trois décennies, est censée connaître un pic de production autour de 2011, avec 6.900 tonnes d'uranium naturel (quelque 16 % de l'offre primaire courante, pour la banque d'affaires américaine).
Entre-temps, l'état de grâce retrouvé de l'énergie nucléaire civile un peu partout dans le monde se poursuit. Les réacteurs nucléaires en fonction sont au nombre de 442 ; 62 autres sont déjà budgétés et 160 supplémentaires proposés. Selon JP Morgan, la demande mondiale devrait croître de 1,7 % cette année, à 64.864 tonnes.
Hausse de la demande
Les experts australiens chez Abare tablent, eux, sur une hausse de la demande mondiale de 1,5 % en rythme annuel d'ici à 2015 et de 1,6 % entre 2015 et 2030. La production totale (primaire et secondaire), elle, a cessé d'augmenter en 2006, en se repliant de 4,8 %, à 60.062 tonnes. Les économistes de la banque estiment que les termes du marché ne se rapprocheront pas avant 2009.
D'ici là, le cours de l'oxyde d'uranium devrait progresser sans relâche : de 65,50 dollars actuels par livre, on passerait à une moyenne de 90 dollars en 2007 et de 86 dollars en 2008, anticipe JP Morgan. L'ensemble des analystes s'accordent à dire que la hausse de ce métal est loin d'être terminée en dépit de l'envol enregistré depuis le début de 2006 : + 80,1 %
Depuis le dernier palier de la fin 2000 (7,10 dollars la livre), le prix de cet oxyde a été multiplié par plus de neuf. « Le marché de l'uranium est caractérisé par une consommation non élastique qui a excédé la production minière dans de larges proportions au cours des deux décennies passées, faisant chuter les réserves du produit fini. L'uranium est la seule ressource minérale avec un tel déséquilibre entre production et consommation et une dépendance si importante des stocks », résume George Assie, vice-président senior de Cameco en charge du marketing et du développement.
Un seul facteur pourrait perturber cet environnement de marché : la vente par le département américain de l'Energie d'une partie de ses réserves stratégiques d'uranium naturel. Réserves qui se chiffrent à 61.000 tonnes. En août, ce ministère a proposé de mettre en vente 2.500 tonnes par an. Les producteurs ligués dans l'Association des producteurs américains d'uranium, dont une filiale de Cameco (Power Resources), souhaitent que les ventes officielles soient limitées à 1.200 tonnes entre 2007 et 2013, puis à 2.400 tonnes de 2014 à 2016.
